Emmelie Prophète, Franketienne et Louis-Philippe Dalembert récompensés par l’Académie française

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Les auteurs haïtiens Emmelie Prophète, Franketienne et Louis-Philippe Dalembert ont reçu respectivement le prix du rayonnement de la langue et de la littérature françaises ; le Grand prix de la francophonie et le prix de poésie François Coppée, ce jeudi 2 décembre 2021, au siège de l’Académie française, à Paris.

Au son de la fanfare, les membres de l’Académie française entrent, s’installent pour siéger dans la grande salle où aura eu lieu la séance publique annuelle de la Coupole. Sur le podium, les Immortels, Dany Laferrière (directeur en exercice) ; Hélène Carrère d’Encausse (secrétaire perpétuel) et Dominique Bona (directeur de la séance) prennent place pour démarrer la cérémonie qui récompensera également les prix littéraires décernés cette année par l’institution.

Parmi tous ces lauréats issus d’un peu partout à travers le monde (France, Québec, Congo, Macédoine, Belgique, Japon, Tunisie, Djibouti, Sénégal, Algérie, entre autres), trois écrivains venus d’Haïti ont été distingués par l’Académie française. Emmelie Prophète Milcé, Jean-Pierre Basilic Dantor Franck Etienne d’Argent (Frankétienne) et Louis-Philippe Dalembert, le travail et le parcours de ces personnalités de la littérature haïtienne ont été salués ce jeudi après-midi. Ils forment désormais le club des 27 écrivains haïtiens récompensés par ladite institution depuis 1906.

Pour Dany Laferrière tenant le discours sur les prix littéraires, « il était temps que le grand écrivain haïtien, né en 1936, reçoive une pareille consécration en France. Poète, romancier, dramaturge, peintre, musicien, comédien, à chaque fois dans une folle démesure puisqu’il a publié une quarantaine d’œuvres littéraires, écrit des centaines de chansons, peint des milliers de tableaux, et joué ses pièces dans de nombreux pays. Franketienne fait figure d’ogre dans cette Caraïbe francophone qu’il n’a jamais quittée durant les vingt-neuf ans de la dictature des Duvalier. Mais les gens n’avaient pas oublié qu’il avait publié Ultravocal en 1972, ce hurlement contre la dictature. Ils n’avaient pas oublié non plus Dezafi, le premier roman jamais écrit en créole. Surtout ils n’avaient pas oublié qu’il avait déclaré publiquement qu’il était né du viol d’une jeune paysanne de treize ans par un vieil industriel américain, et que c’était là l’explication de sa couleur et de sa colère, et le cœur de son œuvre », a expliqué l’auteur de « Comment faire l’amour à un nègre sans se fatiguer ».

Prix du rayonnement de la langue et de la littérature françaises, Emmelie Prophète figure parmi les 19 femmes couronnées cette année par l’Académie française.

« Née à Port-au-Prince où elle dirige le Bureau haïtien du droit d’auteur, elle est poète et romancière, auteur de treize livres, dont Les Villages de Dieu, un roman explosif. Lauréate du Prix littéraire des Caraïbes décerné par l’Association des écrivains de langue française pour Le Testament des solitudes, elle a été notamment à la tête de la Direction nationale du Livre, puis de la page culture du Nouvelliste, l’un des plus anciens quotidiens francophones en Amérique, et de la Bibliothèque nationale d’Haïti. Toutes ces fonctions lui ont permis de faire rayonner la langue française dans la Caraïbe. Emmelie Prophète se présente volontiers comme une ouvrière de la culture et n’hésite pas à déclarer que la francophonie est l’espace géopolitique dans lequel Haïti se meut avec le plus d’aisance, a indiqué Dany Laferrière, dressant le parcours de l’écrivaine.

Prix de poésie François Coppée, Louis-Philippe Dalembert, finaliste du prix Goncourt 2021, a quant à lui été honoré grâce à son livre « Cantique du balbutiement ». « Ce recueil, magnifique, qui évoque l’enfance, se place sous l’égide d’un autre poète né aussi dans la Caraïbe, Saint-John Perse. On y retrouve des moments de détresse comme le passage violent des vents, cyclones et tempêtes, et de tendresse comme cet instantané : ‘’Un jour j’ai poussé les portes de l’aube, et je me suis assis sous une véranda face à la mer Caraïbe’’ », a affirmé l’académicien haïtien pour camper cette œuvre de D’Alembert.

Cette année, l’Académie française a récompensé au total 65 lauréats, dont Michel Deguy (prix Guez de Balzac), Abdourahman Waberi (Grande médaille de la francophonie), Patrick Deville (Grand Prix de Littérature), Claude Arnaud (Grand Prix de littérature Henri Gal), Alain Schanapp (Prix Jacques de Fouchier), François Cérésa (Grand Prix Michel Déon), François-Henri Désérable (Grand Prix du Roman), Michel Bernard (Prix de l’Académie française Maurice Genevoix), Jordan Plevnes (Grand Prix Hervé Deluen), Vinciane Despret (Grand Prix Moron), Pauline Dreyfus (Prix de la Biographie historique), entre autres. Tous ont été applaudis chaleureusement par l’assistance pour leur contribution à la langue française.

Source: LeNouvelliste, texte

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