files.phpL’élite organisée du secteur privé haïtien, réunie au sein du Forum économique, a réussi un coup de maître. En quelques réunions et communiqués, le Forum a aidé au renversement du gouvernement Laurent Lamothe sans que cela ne fasse de bruit ni d’effusion de sang.

L’opération délicate n’a pas provoqué de contrecoups pour l’administration du président Michel Martelly. Le président a même bénéficié d’un bol d’oxygène de ce tour de passe-passe.

Depuis 1985 nos hommes d’affaires font de la politique. L’Association des Industries d’Haïti (ADIH) a aidé à bouter dehors Jean-Claude Duvalier. Pendant la période du coup d’Etat (1991-1994), les plus grandes familles ont apporté leur soutien aux militaires. Pendant la période mouvementée (2003-2006), quand il fallait sortir le Lavalas d’Aristide du jeu, le secteur privé haïtien, autour du Groupe 184, a fait de la politique active. Le secteur privé s’implique, gagne ou perd du terrain chaque fois que la situation le requiert, puis retourne à ses affaires.
L’exfiltration de Laurent Lamothe est sa plus belle réussite.

Il est trop tôt pour tirer toutes les conclusions de la dernière intrusion du privé dans le champ politique. L’histoire est encore en marche. Le secteur privé, selon ses anciennes habitudes, va-t-il encore laisser les doublures tenir les rênes pendant que chaque acteur retournera à ses petites affaires ? Ou comme il se dit, souhaite-t-il pousser son avantage pour faire amender la Constitution, provoquer des réglages dans la machinerie de la démocratie haïtienne?

Ce ne sera pas aussi simple.

L’administration Martelly et le gouvernement Lamothe ont dépensé plus de deux milliards de dollars ces derniers mois. Les caisses de l’Etat sont vides. Le pays a plus de dettes que les Duvalier et Lavalas n’en avaient contracté en cinquante ans. En dépit de tout, le pays reste assoiffé. PetroCaribe c’est fini. Les résultats ne sont pas probants. On ne voit pas d’où viendront les fonds pour maintenir notre rafiot à flot, pour finir des projets emblématiques et continuer à assurer la paix sociale.

Avant de repartir faire ses comptes et engranger les bénéfices de sa participation à l’opération politique de sauvetage de Michel Martelly, le secteur privé organisé ne se doit-il pas de montrer la voie du garage que doit emprunter l’économie haïtienne ? Préconise-t-il le recours au déficit budgétaire ? Va-t-il lancer un appel aux bailleurs de fonds traditionnels pour une injection massive d’appuis budgétaires ? Promouvoir une refonte des politiques désastreuses qui ne mènent nulle part ? Encourager la poursuite de la lutte contre la contrebande ?

Le secteur privé ne peut pas se détourner de la politique aujourd’hui. Nous sommes au milieu du fleuve où il nous entraîne depuis début décembre.





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