LE NOUVELLISTE HAITIEN

On a l’impression que le pays est sur pilotage automatique ces derniers temps. L’État est mis en déroute dans plusieurs quartiers par des gangs armés. La parole des dirigeants ne fait pas autorité. La rareté des produits pétroliers dans les pompes est le dernier épisode qui prouve que les autorités actuelles ne contrôlent rien. Alors que le directeur du Bureau de monétisation des programmes d’aide au développement clame haut et fort qu’il n’y a pas de rareté de carburant sur le marché, les automobilistes, jusqu’à ce jeudi, continuent de faire la queue pour faire le plein. Si la rareté est moindre, elle est loin d’être résorbée.

Toujours dans le cadre du dossier du carburant, la secrétairerie d’État à la Sécurité publique a, dans un communiqué publié mercredi, annoncé l’interdiction de vendre des produits pétroliers dans des gallons sur les trottoirs. Sur les réseaux sociaux, les internautes se moquent de la décision. Et ce jeudi, 24 heures après l’annonce de l’interdiction, la vente des produits pétroliers sur les trottoirs se fait en toute quiétude. De quoi donner raison à ceux qui se moquent de la mesure.

À côté de l’insécurité, de la cherté de la vie, de la corruption, et de la crise des produits pétroliers, chacun peut trouver dans son environnement un fait qui prouve que le capitaine n’a pas le contrôle du navire. En d’autres mots, le président Jovenel Moïse n’a pas les moyens de sa politique. Même si le pays ne dispose pas de mécanismes d’évaluation du niveau de satisfaction de l’opinion publique par rapport à la gouvernance du pays, on peut dire, sans risque de se tromper, que la population est mécontente de l’administration Moïse.

Même les États-Unis, le plus gros soutien de l’administration Moïse, reconnaissent que les choses ne bougent pas en Haïti. Le rapport annuel du Département d’État américain «International Narcotics Control Strategy Report (INCSR), Volume II », publié hier jeudi, attribue une très mauvaise note à Haïti en matière de lutte contre le trafic de la drogue et le blanchiment d’argent. Toujours ce jeudi, le Département d’État américain a reconfirmé Haïti et 33 autres nations sur la liste des pays à haut risque. Malgré le mini sommet le président Jovenel Moïse et son homologue Donald Trump le 22 mars dernier, les États-Unis maintiennent le niveau d’alerte 4 émis pour Haïti après l’opération ‘’Peyi lòk’’.

Ce climat devrait être une aubaine pour l’opposition. Tel n’est pas le cas jusqu’ici. Après l’opération « Payi lòk » qui a failli emporter le président Jovenel Moïse, l’opposition emmenée par une kyrielle de leaders n’arrive plus à mobiliser les rues. L’appel à la démission du chef de l’État ne fait pas écho. Ou du moins pas pour l’instant. Nous sommes ainsi face à une opération à somme nulle. Ni l’opposition ni le président Jovenel Moïse n’ont les moyens de leur politique. Le résultat dans ce cas: le pays est en mode ‘’lock’’, même sans mouvement de protestation d’envergure. En effet, les perspectives économiques sont sombres. Pour certains, partir par tous les moyens reste la seule planche de salut. Si dans leur tête les autorités pensent qu’elles dirigent quelque chose, la réalité les trahit. Il est plus qu’une impression qu’elles sont dépassées par les événements.

Dans ce contexte, la responsabilité citoyenne est plus que nécessaire. Il faut un réveil citoyen comme dans le dossier PetroCaribe pour forcer les autorités à faire le travail pour lequel elles sont payées. Pour avoir des résultats, la mobilisation citoyenne doit être constante. Elle est nécessaire aujourd’hui, elle le sera aussi demain quand on aura à choisir d’autres dirigeants pour mener la barque du pays. Les Algériens comme les Soudanais viennent de donner l’exemple comment une population peut forcer ses dirigeants à entendre sa voix. Se croiser les bras et compter sur le bon Dieu bon n’est pas une option.





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